Vendredi 16 décembre 2005
La civilisation occidentale s’est faites au détriment de la nature. Les progrès techniques ont entraînés par omission, sans réelle volonté de nuire, la pollution de notre milieu de vie au point d’être à l’origine d’un problème sanitaire sans précédent. Une réflexion morale sur le milieu ambiant s’impose plus que jamais.
En remontant à la vision édénique de la genèse, « Dieu plaça l’Homme dans le jardin d’éden pour le cultiver et le garder », version sypathique, ou la version plus dure, « soyez fécond, remplissez là et dominez les animaux », nous comprenons que les textes religieux occidentaux sont anthropocentriques et justifient la domination sans contestation de l’Homme sur la nature. Sans retenue philosophique, nos sociétés se sont construite sur ce concept en oubliant que la relation qui nous lie à notre environnement est intime et indissociable de notre bien être.
Au XIX ième siècle, la sécularisation de la société nous libère de cette conception erronée des rapports entre l’Homme et la nature. D’abord pour des raisons esthétiques, le romantisme, et enfin pour des raisons scientifiques le sentiment environnementaliste naît avec notamment l’invention du mot « écologie » par Ernst Haeckel en 1866.
Deux pensées écologistes vont alors s’opposer, les préservationnistes et les conservationnistes. Les préservationnistes, dont le chef de file est John MUIR, sont inspirés de la pensée d’Henri David THOREAU. Ils cherchent à protéger la nature sauvage comme un sanctuaire. Les conservationnistes, de philosophie utilitariste, sont prêt à utiliser le potentiel économique de la nature en gérant les ressources « pour le plus grand bien du plus grand nombres et pour le plus longtemps ».
Nous voyons clairement apparaître deux modes de pensées toujours actuelles ainsi que les oppositions d’aujourd’hui entre les environnementalistes et les économistes.
Ce débat ne pouvait intéresser que quelques élites nord-américains car bien loin des préoccupations quotidiennes jusqu’à l’entrée en force des problèmes de pollution dans la vie de tous les jours. La première grande crise environnementale survint dans la décennie 1960-1970. La conjonction d’une médiatisation internationalisée, d’un problème de santé jusqu’alors inconnu et de meilleures connaissances scientifiques a fait entrer l’environnement dans notre vie. D’amis il devient ennemi potentiel et qui est pointé du doigt ? L’Homme et son industrie, plus difficile encore à accepter, notre mode de vie.
Suite à ces crises sanitaires sans précédents les intellectuels prennent conscience en même temps que la population que l’environnement mérite une réflexion distincte et donc une éthique propre, issue d’une pensée philosophique claire et structurée. Alors que les philosophes nord americains approfondissent les recherches sur la morale environnementale, les europeens favorisent la voie de l'ecologie politique.
Les articles fondateurs sont publiés en 1973 et 1975 par Richard ROUTLEY et Homes ROLSTON. Issue d’une position surtout préservationniste, l’extension de la morale à l’environnement se structure en fonction de la nature des êtres auxquels sont attachés ces valeurs.
Les anthropocentristes qui, après la théologie, ont trouvé en KANT un défenseur de la seule valeur intrinsèque de l’Homme en tant que sujet moral, refusent le droit de valorisation aux autres êtres vivants. Ces derniers n’ont qu’une valeur instrumentale qui n’est valorisée qu’en fonction des intérêts humains. Cette approche utilitariste qui préconise une utilisation réfléchie du patrimoine naturel est défendue par les philosophes contemporains que sont Eugene HARGROVE et Bryan NORTON. Pour eux, la seule utilisation économique est dépassée, cette utilisation de la nature doit répondre à des critères esthétiques, scientifiques, symboliques, spirituels, …
Mais même avec cette extension moins économico-centriste cette vision du rôle de la nature est considérée par beaucoup comme de l’égocentrisme humain qui se reconnaît à lui seul une valeur intrinsèque car seul être doué de conscience. De nombreux courants d’éthique environnementaliste s’opposent à cette vision nombriliste pour étendre à d’autres catégories ontologiques les valeurs morales: le pathocentrisme, le biocentrisme, l’écocentrisme… Ce dernier étant le plus complet car comprenant l’attribution d’une valeur intrinsèque à la communauté biotique dans son ensemble. Comment vouloir protéger le panda de chine sans préserver son cadre de vie dans son ensemble ?
Le pathocentrisme : reconnaît une valeur aux êtres sensibles, le biocentrisme donne une valeur à tout être vivant et l’éconcentrisme, lui, reconnaît toutes les parties comme un ensemble d’individualité qui forme un tout.
Ces notions semblent complexes mais cette réflexion éthique est indispensable à la reconstruction d’un rapport équilibré et respectueux entre l’Homme et son milieu ambiant.
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